Cérémonie de présentation des voeux

Publié le par BADREDDINE IMAD

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Discours du Président Laurent GBAGBO
en réponse aux voeux du Corps Diplomatique
Excellence, Monseigneur Mario Roberto Cassari, Doyen du Corps Diplomatique,
Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Chefs de Missions diplomatiques, Représentants des organisations Internationales,
Mesdames, Messieurs
C'est toujours un honneur et une joie renouvelée pour moi d'accueillir, en ce Palais de la Présidence de la République, le Corps Diplomatique accrédité en Côte d'Ivoire, à l'occasion de la cérémonie traditionnelle d'échange de vœux. Merci, Excellences, pour le message plein de sagesse, d'amitié et de considération que vous venez d'adresser au peuple ivoirien, à ses dirigeants et à tous les habitants de ce pays.
Merci pour les vœux de bonheur et de paix que vous avez si chaleureusement exprimés à l'endroit de la Côte d'Ivoire. Votre message et vos vœux nous vont d'autant plus droit au cœur que notre pays, vous le savez aussi bien que nous, traverse une période difficile de son histoire, depuis plus de trois ans.
Dans cette épreuve, vous l'avez dit, et je m'en réjouis, les amis de la Côte d'Ivoire ne nous ont pas abandonnés. Je le sais, chacun de vous, chacun des pays et organisations que vous représentez, déploie des trésors d'énergie pour ramener la Paix dans notre pays. C'est pourquoi nous sommes peinés quand parfois notre espérance commune est contrariée par des événements inattendus.
Ainsi, l'histoire aura voulu que les premiers jours de la nouvelle année soient marqués par les événements consécutifs à la dernière déclaration du Groupe de Travail International; des événements que personne - je le pense - n'avait souhaité; des événements que nous déplorons tous et qui interpellent autant les Ivoiriens que les amis de la Côte d'ivoire à travers le monde.
Je salue ici la mémoire des personnes qui ont perdu la vie au cours de ces journées à Guiglo, à Duékoué, à San-Pedro, à Abidjan. Leur mort nous touche d'autant plus qu'elles sont tombées là où personne ne pouvait s'y attendre. Je souhaite un prompt rétablissement aux blessés et j'exprime la compassion de la nation ivoirienne envers tous ceux qui ont subi des dommages, en particulier envers le personnel de l'Opération des Nations Unies en Côte d'ivoire et des Organisations humanitaires internationales.
Je commence mon propos par ces événements parce qu'ils montrent combien la Paix est une denrée fragile; combien grande est la responsabilité des acteurs de la Paix, en particulier quand ils sont en mission dans un pays en crise où parfois il suffit d'un mot, d'une phrase ou d'une attitude ambiguë pour compromettre les fruits d'un effort de longue haleine.
L'action pour la Paix n'est pas une aventure solitaire. Elle se mène pour des hommes et des femmes. Elle se mène avec des hommes et des femmes dont l'adhésion et la confiance sont indispensables au succès. C'est pourquoi elle demande la patience, la compréhension et le respect mutuel. La Paix se nourrit d'amour, l'amour de la compréhension, la compréhension du respect. Tout être humain, même le plus petit d'entre nous, a un besoin naturel de considération. La Côte d'Ivoire a besoin de considération.
En parlant des événements ayant marqué le début de la nouvelle année, je voudrais rappeler l'attaque des camps militaires d'Akouedo qui, pour moi, n'est pas un simple incident mais bien une manœuvre pour détourner les Ivoiriens du chemin de la Paix. Elle s'inscrit, à mon sens, dans la même logique que les attaques meurtrières de Petit Duékoué et de Guitrouzon, d'Anyama et d'Agboville.
J'en suis venu à penser, en observant attentivement l'enchaînement des faits, qu'il y a des personnes en Côte d'Ivoire et hors de Côte d'Ivoire qui ont intérêt à ce que la crise perdure. Sinon comment comprendre que chaque fois que nous sommes au seuil de la Paix, un fait survient pour détourner notre attention!
Heureusement, Excellences, ces épisodes déplorables sont de courte durée car les Ivoiriens et tous les habitants de ce pays sont fatigués de la guerre. Nous voulons la Paix. Tout simplement.
Les sacrifices consentis depuis plus de trois ans, l'implication de tous les protagonistes dans la gestion de la crise, l'application scrupuleuse, par les autorités et les institutions ivoiriennes, des différents accords de Paix, témoignent de la volonté des Ivoiriens à faire la Paix sans calcul, sans exclusion, ensemble. C'est le sens de la campagne pour la Paix que j'ai initiée l'année dernière et qui se poursuivra tout au long de cette année.
Vous venez de rappeler la Résolution 1633 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, les efforts déployés par les Médiateurs Africains, la nomination d'un nouveau Premier ministre et la formation) de son Gouvernement. Ces changements, auxquels les amis de la Côte d'Ivoire ont fortement contribué, sont voulus et acceptés par les Ivoiriens, parce qu'ils s'inscrivent parfaitement dans le cadre du fonctionnement normal des institutions de la République.
C'est donc un abus de langage quand j'entends parfois parler d'un Gouvernement de transition en Côte d'Ivoire. La transition suppose la rupture totale dans le fonctionnement de l'Etat. La Côte d'Ivoire est en crise mais ce pays n'est pas en faillite.
L'Etat ne s'est pas effondré. Malgré l'occupation d'une partie du territoire national, les lois et les décisions adoptées, par le Président de la République et le Parlement notamment, sont valables pour l'ensemble du pays. Le sens du combat des Ivoiriens c'est précisément que l'Etat continue d'exister et de fonctionner normalement, avec les élus qu'ils ont librement placés à la tête et au sein des institutions issues de la Constitution de juillet 2000.
Les élections n'ayant pu se tenir en 2005 aux dates fixées, du fait de la guerre, les amis de la Côte d'Ivoire ont préconisé des mesures conformes aux dispositions prévues en l'espèce par la Constitution. Le nouveau Gouvernement de la République a pour mission de réussir le désarmement, la réunification du pays, la préparation et l'organisation des élections; ce qui est sa raison d'être.
Outre cette mission essentielle, il doit veiller au fonctionnement régulier des services de l'Etat, dans le respect des institutions; ce qui est la tâche de tout Gouvernement. Le Président de la République est le garant des institutions. Il veille à leur équilibre. Le Gouvernement et le Président de la République sont donc dans un jeu de rôles. C'est pourquoi le Premier ministre et moi-même nous ne nous piétinons pas et nous ne nous piétinerons pas.
Notre mission à tous, dans cette période, c'est de tout mettre en œuvre pour réunir les conditions nécessaires à l'expression libre et souveraine de la volonté du peuple ivoirien, à travers des élections justes et transparentes. Sur cette voie, le Premier ministre a tout mon soutien. J'observe qu'il a aussi le soutien de la Communauté internationale et je m'en réjouis. Comme il l'a dit lui-même, nous sommes en tandem. La pente peut être parfois rude. C'est, pourquoi nous devons conjuguer nos efforts, pédaler au même rythme, harmoniser nos gestes et nos propos.
C'est à cette condition que nous pourrons éviter à notre pays de sombrer davantage dans la division car, malheureusement, l'intelligence humaine a parfois tendance à dresser les catégories les unes en face des autres, à opérer des classifications faciles, quand elle manque l'effort nécessaire de compréhension. On a ainsi vite fait de voir des mouvances antagonistes là où la nation, en proie à une crise sans précédent, s'interroge sur son avenir et s'inquiète de l'avenir des institutions démocratiques dont elle s'est dotées au terme d'un long combat.
Nous nous sommes battus dans ce pays, contre le parti unique, pour obtenir le multipartisme puis la démocratie. C'est pourquoi les Ivoiriens se dressent chaque fois que les tentatives de coups d'Etat, armés ou non, la guerre, l'occupation, qui sont par essence la négation même de la démocratie, viennent remettre en cause les acquis de leur lutte.
Si donc il y a bien une ligne de démarcation dans ce pays, elle n'oppose pas d'un côté les «partisans de Gbagbo », comme certains se plaisent à le dire, à des partisans d'une cause que l'on se garde bien de nommer!
La contradiction fondamentale, que la crise actuelle permet chaque jour d'observer, oppose d'un côté les partisans de la voie démocratique et, de l'autre, les partisans de la voie des armes pour conquérir et exercer le pouvoir. La démocratie doit l'emporter.
J'ai toujours refusé la dictature, c'est à dire le pouvoir par les armes mais aussi le pouvoir sans contre pouvoir. C'est une erreur de penser qu'en supprimant les contre pouvoir, on se donne plus de moyens de régler les crises. L'histoire est jalonnée d'exemples démontrant que chaque fois que l'on a procédé ainsi, les crises se sont plutôt exacerbées.
Pour ma part, malgré les alliances de cœur ou de raison que j'observe ici et là, j'ai du mal à ranger tous mes adversaires politiques dans une même mouvance que ceux qui ont pris les armes contre la République. Une chose est en effet de s'opposer à la politique menée à la tête d'un pays, de se donner les moyens démocratiques nécessaires aux changements que l'on souhaite, et une autre de prendre les armes contre son propre pays pour y opérer des changements par la force. Les Ivoiriens condamnent, dans leur grande majorité, la voie des armes.
Mais qu'importe aujourd'hui ces nuances? N'avons-nous pas, au nom de la Paix, et pour obtenir le désarmement, accepter tout le monde dans un même gouvernement? Alors, y a - t - il encore, à proprement parler, une opposition en Côte d'Ivoire? Par définition, un parti ou un mouvement ci' opposition est un parti ou un mouvement non représenté au Gouvernement. L'opposition civile et armée, représentée ou non au Parlement, est aujourd'hui au Gouvernement. Travaillons à guérir les plaies en nous gardant de transformer les cicatrices en stigmates. Il faut éviter de ruser avec l'intelligence des peuples.
Monseigneur,
Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Vous l'avez dit, c'est ensemble qu'on peut être heureux. C'est également ensemble qu'on peut construire la Paix. Une Paix conquise ou imposée pour les uns, dans le mépris des autres, divise la nation contre elle-même. Les Ivoiriens veulent la Paix pour eux-mêmes. Ils la veulent pour tous les habitants de ce pays, pour les étrangers qu'ils ont accueillis et continuent d'accueillir et qui vivent depuis des années en harmonie avec eux. Ils veulent la Paix pour tous les pays voisins de la Côte d'Ivoire, pour l'Afrique de l'Ouest et pour tout le continent.
Je salue, à cet égard, les bonnes dispositions du Corps diplomatique accrédité en Côte d'Ivoire. Nous avons besoin de vous, de votre aide pour construire la Paix. Je forme pour chacun de vous, pour les Chefs d'Etats et responsables d'institutions que vous représentez si dignement en terre ivoirienne, les vœux sincères de bonheur personnel et de prospérité.
Que cette année 2006 voit se raffermir davantage les liens d'amitié, de coopération et de respect mutuel qui unissent la Côte d'Ivoire et les Ivoiriens à vos différents Etats et Organisations.
Il me plaît en particulier de reprendre après vous, la formule par laquelle vous avez terminé votre message : «Quand quelqu'un travaille sérieusement, Dieu travaille avec lui. »
Puisse Dieu accorder à chacun de nous le courage nécessaire pour travailler sérieusement à la Paix, afin que 2006 soit l'année du désarmement, de la réunification, des élections et de la Paix définitive en Côte d'Ivoire.
Que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire!

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