Pierre Schori divise la communauté internationale

Publié le par Théophile Kouamouo

Pierre Schori divise la communauté internationale


Tension – L’acharnement françafricain de Pierre Schori, qui apparaît de plus en plus à de nombreuses diplomaties comme un partisan du chaos, n’est pas pour apaiser les conflits diplomatiques autour de la question ivoirienne, au moment où Denis Sassou Nguesso, tributaire à la fois de la France et de l’Angola, prend la tête de l’Union africaine.


Le diplomate suédois qui représente Kofi Annan à Abidjan sera-t-il l’homme par qui le scandale arrivera au sein des différentes composantes de la communauté internationale intéressées au dossier ivoirien ? L’hypothèse n’est pas à écarter.
Sous la cendre encore chaude après les protestations engendrées par «l’affaire du GTI» qui tentait de passer en force pour dissoudre l’Assemblée nationale, couve un feu tenace. Qui oppose certes la Côte d’Ivoire républicaine à une certaine «communauté internationale». Mais qui divise aussi les diplomaties mondiales. Un homme cristallise ce malaise. Il s’appelle Pierre Schori. Dans les milieux internationaux à Abidjan et dans quelques grandes capitales – surtout africaines –, on s’agace des attitudes de «pro-consul dans un pays conquis» du Suédois. On l’accuse clairement de vouloir mettre le feu aux poudres pour satisfaire ses caprices d’orgueil.
«Nous finirons bien par mettre en garde publiquement contre le mépris d’une partie de la communauté internationale dans ce pays. Les Nations unies sont venus pour aider les Ivoiriens à trouver le chemin de la paix. Pas pour provoquer une partie de la jeunesse ivoirienne», s’insurge un diplomate étranger en poste à Abidjan, qui n’en revient pas toujours des propos publics et privés de Pierre Schori, affirmant en substance qu’il a mis à l’abri les personnels civils de l’ONUCI et qu’il est prêt à faire la guerre ouverte aux patriotes dès l’annonce des sanctions contre la Côte d’Ivoire républicaine.
Une partie des diplomates travaillant sur la Côte d’Ivoire accuse par ailleurs Pierre Schori de concocter des rapports volontairement tronqués dans le but de pousser l’ONU dans une guerre qui n’est pas la sienne. Ils contestent son argumentaire attribuant à la «désinformation» de la presse les manifestations d’il y a une dizaine de jours, et affirmant que le GTI n’avait jamais dissous ni eu l’intention de dissoudre l’Assemblée nationale. «Il ne faut pas insulter notre intelligence. J’ai lu le communiqué du GTI du 15 février. De facto, ils sont venus pour dissoudre l’Assemblée nationale. Après, ils ont peut-être fait machine arrière, ça les regarde. Mais nous refusons cette ingérence grossière dans les affaires d’un pays africain souverain. Qu’on nous dise clairement, à nous Africains, si la Côte d’Ivoire est sous tutelle onusienne ou pas. Aujourd’hui, Kofi Annan parle de décision unilatérale à propos de l’Assemblée nationale ivoirienne. A-t-il vraiment lu le communiqué final signé par le président Obasanjo ?», s’exaspère le diplomate.
Le discrédit qui frappe Pierre Schori dans un certain nombre de milieux internationaux est d’autant plus fort que son passé condamne, d’une certaine manière, ses agissements actuels. «Schori affirme que la jeunesse ivoirienne en colère est manipulée. Dans les années 60, quand il accompagnait les mouvements de libération africains, quand il manifestait contre la guerre du Vietnam dans les rues de Stokholm avec Olof Palme, l’ancien chargé des relations internationales du Parti social-démocrate suédois, qui le manipulait ? Je voudrais lui dire qu’il est un homme qui ne sait pas vieillir et qui a trahi tous les idéaux de sa jeunesse. Il vient d’un pays, la Suède, qui n’a jamais eu de colonies et qui a toujours été aux côtés des peuples qui souffrent. Qu’est-ce qui a changé ? Qui est manipulé aujourd’hui ? Il doit interroger sa conscience», fulmine notre source.
L’attitude de Pierre Schori, désormais au service de la Françafrique de manière zélée – même quand il s’agit de torpiller la médiation de l’Union africaine – est d’autant plus incompréhensible que c’est grâce à l’Afrique du Sud, qui se souvenait de l’intégrité de Pierre Schori dans sa jeunesse, qu’il a été nommé en remplacement d’Albert Tévoédjré, alors qu’il était à la retraite. «Schori met le feu aux poudres. Il recherche des affrontements en Côte d’ivoire. Il veut créer un contexte permettant une intervention sanglante de Licorne. Le sang qui va couler, il l’aura sur la conscience», avertit le diplomate. Le Suédois agace tellement qu’il est évident que si le président Gbagbo se décide à demander son départ, il ne sera pas condamné par de nombreux pays influents en Afrique.

Les sanctions ne passeront pas comme une lettre à la poste

La question des sanctions unilatérales contre les patriotes ivoiriens n’améliore pas non plus l’ambiance parmi les différentes parties internationales concernées par le dossier ivoirien. Et la Chine, qui refuse de les cautionner tant que l’ensemble des pays africains ne donne pas son feu vert, aura indubitablement des raisons pour ne pas suivre la France dans sa volonté de punir les Ivoiriens qui refusent de se considérer comme des sujets de l’Empire. «Je suis catégorique. De nombreux pays africains, comme l’Afrique du Sud, l’Angola et la Tanzanie s’opposent et s’opposeront aux sanctions. On ne peut pas punir des gens pour avoir défendu leur pays. Cela signifierait mettre le feu aux poudres. Pourquoi ne sanctionnent-ils pas la rébellion qui est à la base des malheurs de la Côte d’Ivoire ? Pourquoi ne condamnent-ils pas la France qui a créé tout cet imbroglio ou le GTI qui se mêle de ce qui ne le concerne pas ? Nous refusons le schéma des westerns, où il y a toujours les gentils cow-boys et les méchants Peaux-Rouges», indique notre source.

Sassou arrive dans un univers tendu

La situation actuelle favorise une crispation entre l’Afrique digne et progressiste et la Françafrique. Le ton monte. C’est dans ce contexte assez explosif que le président congolais Denis Sassou Nguesso prend la tête de l’Union africaine, en première ligne dans le règlement de la crise ivoirienne. Laissera-t-il le médiateur sud-africain faire son travail ou le court-circuitera-t-il, à l’instar d’un Obasanjo tenu par un certain nombre de «dossiers» hérités de la période où il était consultant au Nigeria pour le compte de la société politico-pétrolière Elf Aquitaine ? D’ores et déjà, apprend-t-on de source diplomatique, une délégation de cinq «experts» français, dont trois francs-maçons, est allée «conseiller» Sassou N’Guesso sur le dossier ivoirien. Le travail au corps a commencé. Sassou, qui n’a réussi à s’installer au pouvoir que grâce à l’Angola – Lissouba soutenait la rébellion de l’UNITA – mais qui est très lié à Omar Bongo, son beau-père et à Jacques Chirac, sera bien obligé de choisir entre l’Afrique progressiste – dont il a porté certains idéaux par le passé, tel que le combat contre l’apartheid – et la Françafrique, qui lui promet déjà monts et merveilles. Lequel des deux camps va-t-il conquérir le cœur de Sassou ? Lequel des deux camps va-t-il aller jusqu’au bout de sa logique et gagner soit le pari de la recolonisation de l’Afrique, soit celui de son émancipation totale ? Les jeux sont ouverts.

Publié dans Politique

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voyance gratuite en ligne 01/06/2016 10:01

Très bon article, comme toujours. Il a le mérite de susciter le commentaire .