Comment être un journaliste israélien ? N’écrivez jamais ni "meurtre", ni "Palestine"

Publié le par IMS


Yonatan Mendel


 
En ne reconnaissant pas qu’Israël est un endroit où le racisme dessine les relations entre les Juifs et les Arabes, les Juifs israéliens se rendent eux-mêmes incapables de traiter le problème, ou même de regarder en face la réalité de leurs propres vies.

l y a un an, j’ai posé ma candidature au poste de correspondant dans les Territoires Occupés pour le Ma’ariv, journal israélien. Je parle arabe, j’ai enseigné dans des écoles palestiniennes et j’ai pris part à de nombreux projets communs juifs-palestiniens.

Lors de l’entretien, le boss m’a demandé comment diable je pouvais être objectif ; j’avais passé beaucoup trop de temps avec des Palestiniens ; c’était obligé que j’aie un parti pris en leur faveur. Je n’ai pas eu le boulot. J’ai eu ensuite un entretien avec Walla, le site web le plus populaire d’Israël.

Cette fois, j’ai eu le poste et je suis devenu correspondant de Walla pour le Moyen Orient. J’ai vite compris ce que voulait dire Tamar Liebes, le directeur du Smart Institute of Communication à l’Université Hébraïque, lorsqu’il affirmait : "Les journalistes et les éditeurs se perçoivent comme acteurs au sein du mouvement sioniste, non comme des étrangers critiques."

Ce qui ne veut pas dire que le journalisme israélien n’est pas professionnel. La corruption, le délabrement social et la malhonnêteté sont traités avec une détermination louable par les journaux, les tv et les radios. Que les Israéliens aient appris exactement ce que l’ancien Président Katsav a fait ou non avec ses secrétaires prouve que les médias remplissent leur rôle de surveillance, même au risque de causer une gêne nationale ou internationale.

La tractation suspecte pour l’appartement d’Ehud Olmert, l’affaire sur le mystère de l’île grecque d’Ariel Sharon, les affaires de cœur secrètes de Binyamin Netanyahu, le compte bancaire secret américain d’Yitzhak Rabin, toutes ces affaires ont fait l’objet de discussions libres dans les médias israéliens.

Quand il est question de "sécurité", il n’y a pas une telle liberté. C’est "nous" et "eux", les Forces israéliennes de défense (IDF) et "l’ennemi" ; le discours militaire, qui est le seul autorisé, coupe court à toute autre possibilité de récit. Ce n’est pas que les journalistes israéliens obéissent à des ordres, ou à un code écrit ; c’est juste qu’ils préfèrent penser du bien de leurs forces de sécurité.

Dans la plupart des articles sur le conflit, deux bords combattent : les forces israéliennes de défense d’un côté, et les Palestiniens de l’autre. Lorsqu’un incident violent est rapporté, l’IDF "confirme" ou l’armée "dit", mais les Palestiniens "prétendent que" : "Les Palestiniens ont prétendu qu’un bébé avait été grièvement blessé par des tirs des IDF." Est-ce un mensonge ? "Les Palestiniens prétendent que les colons israéliens les ont menacés" : mais qui sont les Palestiniens ? Est-ce que c’est le peuple palestinien dans son ensemble, les citoyens d’Israël, les habitants de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, ceux qui vivent en camps de réfugiés dans les pays arabes limitrophes et ceux en diaspora qui ont posé cette affirmation ?

Pourquoi un article sérieux rapporte-t-il une plainte faite par des Palestiniens ? Pourquoi y a-t-il rarement un nom, un bureau, une association ou une source de l’information ? Parce qu’elle deviendrait plus fiable ?

Lorsque les Palestiniens ne prétendent pas, leur point de vue n’est tout simplement pas entendu. Keshev, le Centre pour la Protection de la Démocratie en Israël, a étudié la manière dont les principales chaînes de télévision et les journaux ont couvert les informations sur les victimes palestiniennes au cours d’un mois donné, décembre 2005. Ils ont trouvé 48 articles couvrant la mort de 22 Palestiniens.

Cependant, la version des IDF n’était suivie de la réaction palestinienne que dans 8 de ces articles. Sur les 40 autres, l’événement n’était rapporté que du point de vue de l’armée israélienne.

Un autre exemple : en juin 2006, quatre jours après que le soldat israélien Gilad Shalit a été kidnappé, du côté israélien de la barrière de sécurité de Gaza, Israël, selon les médias israéliens, a arrêté quelques 60 membres du Hamas, dont 30 étaient des membres élus du parlement et 8 ministres du gouvernement palestinien.

Dans une opération bien planifiée, Israël a capturé et mis en prison le ministre palestinien pour Jérusalem, les ministres des finances, de l’éducation, des affaires religieuses, des affaires stratégiques, des affaires intérieures, du logement et des prisons, ainsi que les maires de Bethléem, Jénine et Qalqilyia, le président du parlement palestinien et un quart de ses membres. Que ces responsables aient été pris dans leurs lits en pleine nuit et transférés sur le territoire israélien, probablement pour servir (comme Gilad Shalit) de future monnaie d’échange, n’a pas fait de cette opération un kidnapping. Israël ne kidnappe jamais : il arrête.

L’armée israélienne ne tue jamais personne intentionnellement, sauf lorsqu’elle assassine – situation que n’importe quelle organisation armée pourrait envier. Même lorsqu’une bombe d’une tonne tombe sur une zone résidentielle dense à Gaza, tuant un combattant et 14 civils innocents, dont 9 enfants, ce n’est toujours pas un meurtre voulu : c’est un assassinat ciblé.

Un journaliste israélien peut dire que les soldats des IDF ont touché des Palestiniens, ou tué, ou tué par mégarde, ou même qu’ils ont trouvé la mort (comme s’ils étaient en train de la chercher), mais il est hors de question d’employer le mot "meurtre" ("to murder" par rapport à "to kill", en anglais, ndt). Quel que soit le mot qu’on utilise, la conséquence est bien la mort, par les forces israéliennes de sécurité, depuis le déclenchement du deuxième Intifada, de 2.087 Palestiniens qui n’avaient rien à voir avec la lutte armée.

Les IDF, comme dépeintes par les médias israéliens, ont une autre capacité étrange : elles ne sont jamais à l’initiative de, elles ne décident jamais ni ne lancent une opération. Les IDF se contentent de répondre. Elles répondent aux roquettes Qassam, elles répondent aux attaques terroristes, elles répondent à la violence palestinienne, ce qui rend les choses tellement plus sensibles et civilisées : les IDF sont obligées de combattre, de détruire des maisons, de tirer sur les Palestiniens et de tuer 4.485 d’entre eux en 7 ans, mais aucun de ces événements n’est de la responsabilité des soldats.

Ils font face à un ennemi mauvais, et ils répondent consciencieusement. Le fait que leurs actions - couvre-feux, arrestations, sièges, tirs et meurtres – soient la raison principale des réactions palestiniennes ne semble pas intéresser les médias.

Parce que les Palestiniens ne peuvent pas répondre, les journalistes choisissent un autre mot dans leur lexique qui inclut : revanche, provocation, attaque, incitation, jets de pierre ou tirs de Qassams.

Lors d’un entretien avec Abu Qusay, le porte-parole des Brigades Al-Aqsa à Gaza, en juin 2007, je lui demandais quelle était la logique pour les tirs de missiles Qassam sur la ville israélienne de Sdérot : "L’armée risque de répondre", dis-je, ne réalisant pas que j’étais déjà partial. "Mais ici, nous répondons", me dit Abu Qusay. "Nous ne sommes pas des terroristes, nous ne voulons pas tuer… nous résistons aux incursions continuelles d’Israël en Cisjordanie, ses attaques, sa main-mise sur notre eau et son bouclage de nos terres".

Les paroles d’Abu Qusay ont été traduites en hébreu, mais Israël a continué de pénétrer en Cisjordanie toutes les nuits et les Israéliens n’y ont vu aucun problème. Après tout, ce n’était qu’une réponse.

A une période de raids intenses sur Gaza, j’ai posé à mes collègues les questions suivantes : "Si un Palestinien armé traverse la frontière, entre en Israël, roule jusqu’à Tel Aviv et tire sur des gens dans la rue, il est le terroriste et nous sommes les victimes, d’accord ? Cependant, quand les IDF traversent la frontière, roulent sur des kilomètres jusqu’à Gaza et se mettent à tirer sur des Gazaouis armés, qui est le terroriste et qui se défend ?"

Mon copain Shay, du service des graphiques, a clarifié les choses : "Si tu vas dans la Bande de Gaza et que tu tires sur les gens, tu es un terroriste. Mais quand c’est l’armée qui le fait, c’est une opération destinée à rendre Israël plus sûr. C’est l’application d’une décision gouvernementale !"

Une autre distinction intéressante entre nous et eux est survenue lorsque le Hamas a demandé la libération de 450 de ses détenus en échange de Gilad Shalit.

Israël a annoncé qu’il libèrerait des prisonniers, mais pas ceux qui avaient du sang sur les mains. Ce sont les Palestiniens –jamais les Israéliens – qui ont du sang sur les mains. Ce qui ne veut pas dire que les Juifs ne peuvent pas tuer d’Arabes, mais ils n’auront pas de sang sur les mains, et s’ils sont arrêtés, ils seront libérés quelques années après, sans parler de ceux qui ont du sang sur les mains et qui deviendront Premier Ministre.

Non seulement nous sommes plus innocents lorsque nous tuons, mais aussi plus sensibles lorsque nous sommes blessés. Une description habituelle d’un missile Qassam qui touche Sdérot ressemblera généralement à ça : "Une Qassam est tombée près d’une maison, trois Israéliens ont été légèrement blessés et dix autres choqués."

On ne fait pas la lumière sur ces blessures ; un missile touchant une maison en pleine nuit peut bien sûr causer du stress. Cependant, on doit aussi se rappeler que le stress est réservé aux Juifs. Apparemment, les Palestiniens sont des gens très solides.

Les Forces israéliennes de défense, faisant là encore la jalousie de toutes les autres armées, ne tuent que les gens les plus importants. "Un membre du Hamas de haut rang a été tué" est presque un leitmotiv dans les médias israéliens. Les IDF n’ont jamais trouvé ni tué de membres du Hamas de moindre échelon. Shlomi Eldar, correspondant TV dans la Bande de Gaza, a courageusement écrit sur ce phénomène dans son livre "Eyeless in Gaza" (2005).

Lorsque Riyad Abu Zaid a été assassiné en 2003, la presse israélienne s’est fait l’écho de l’annonce des IDF selon laquelle l’homme était le chef de la branche armée du Hamas à Gaza. Eldar, un des quelques journalistes d’investigation israéliens, a découvert que l’homme était simplement secrétaire du Club du prisonnier du mouvement. "C’est l’une des nombreuses occasions où Israël a monté un militant palestinien en grade", écrit Eldar. "Après chaque assassinat, tout militant de base est "promu" à un poste de premier rang."

Ce phénomène, selon lequel les déclarations des IDF sont directement traduites dans les rapports des médias – il n’y a aucun checkpoint entre l’armée et les médias – est le résultat à la fois du manque d’accès à l’information, et de la réticence des journalistes à montrer que l’armée a tort, ou à dépeindre les soldats comme des criminels. "Les IDF sont en action à Gaza" (ou à Jénine, ou à Tulkarem, ou à Hébron) est l’expression que l’armée répand et que les médias reprennent. Pourquoi perturber la vie des auditeurs ?

Pourquoi leur dire ce que font les soldats, leur décrire la frayeur qu’ils provoquent, le fait qu’ils débarquent avec de lourds véhicules et des armes et bousillent la vie d’une ville, créent de la haine, du chagrin et un désir de vengeance plus profonds ?

Le mois dernier, comme mesure contre les militants Qassam, Israël a décidé de couper l’électricité à Gaza pendant plusieurs heures par jour.

En dépit du fait que cela signifie, par exemple, que l’électricité ne pourra pas alimenter les hôpitaux, on a dit que "le gouvernement israélien a décidé d’approuver cette démarche, comme nouvelle arme non létale." Une autre chose que font les soldats, c’est de "khisuf" (clarifier).

En hébreu courant, "khisuf" signifie "révéler quelque chose de caché", mais, utilisé par les IDF, cela signifie découvrir une zone ou les caches potentielles des combattants palestiniens.

Pendant la dernière Intifada, les bulldozers D9 israéliens ont détruit des milliers de maisons palestiniennes, déracinés des milliers d’arbres et laissés derrière eux des milliers de serres détruites. Il vaut mieux savoir que l’armée a dégagé les zones plutôt que de regarder en face la réalité, à savoir que l’armée a détruit les biens, la fierté et l’espoir des Palestiniens.

Un autre mot utile est "keter" ("crowning", couronnement), euphémisme pour décrire un siège au cours duquel quiconque quitte sa maison risque de se faire tirer dessus.

Les zones de guerre sont des endroits où les Palestiniens peuvent être tués, même s’ils sont des enfants qui ne savent pas qu’ils sont entrés dans une zone de guerre. Au fait, les enfants palestiniens ont tendance à être promus "adolescents", en particulier lorsqu’ils sont tués accidentellement. D’autres exemples : les avant-postes israéliens isolés en Cisjordanie sont souvent appelés "avant-postes illégaux", peut-être en opposition aux colonies israéliennes qui sont apparemment légales.

La détention administrative signifie mettre en prison des gens qui n’ont pas eu de procès, ni n’ont été officiellement accusé de quoi que ce soit (en avril 2003, il y avait 1.119 Palestiniens dans cette situation).

On ne fait jamais référence à L’OLP (Ashaf) que par son acronyme, jamais par son nom complet : Palestine est un mot qui n’est pratiquement jamais employé – il y a un président palestinien, mais pas de Président de Palestine.

"Une société en crise forge son nouveau vocabulaire propre", écrit David Grossman dans The Yellow Wind, "et, petit à petit, un nouveau langage émerge de ces mots… ils ne décrivent plus la réalité, mais tentent, au contraire, de la cacher."

Ce "nouveau langage" a été adopté volontairement par les médias, mais si on veut un assortiment officiel des directives, on peut le trouver dans le Rapport Nakdi, un document rédigé par l’Autorité israélienne de la Radio et la Télévision.

Rédigée en 1972 et actualisée trois fois depuis, le rapport vise à "clarifier quelques-unes des règles professionnelles qui régissent le travail d’un journaliste." L’interdiction du terme "Jérusalem Est" en fait partie.

Les limitations ne sont pas circonscrites à la géographie. Le 20 mai 2006, la chaîne de télévision la plus populaire d’Israël, Channel 3, a rapporté "un nouvel assassinat ciblé à Gaza, un assassinat qui pourrait réduire les tirs de Qassams" (376 personnes sont mortes dans des assassinats ciblés, dont 150 étaient des civils qui n’étaient pas les cibles des assassinats).

Ehud Ya’ari, correspondant israélien pour les affaires arabes bien connu, s’est assis dans le studio et a dit : "L’homme qui a été tué est Muhammad Dahdouh, du Jihad Islamique (…). Cette opération fait partie d’une autre guerre, la guerre pour réduire le nombre des activistes Qassam."

Ni Ya’ari ni le porte-parole des IDF n’ont daigné parler des 4 civils palestiniens innocents qui ont aussi été tués dans l’opération, et 3 grièvement blessés, dont une petite fille de 5 ans, Maria, qui restera complètement paralysée. Cette "omission", révélée par le journaliste israélien Orly Vilnai, montre combien nous ne savons rien sur ce que nous croyons savoir.

Il est intéressant de noter que depuis que le Hamas contrôle la Bande de Gaza, l’un des nouveaux termes dans les médias israéliens est "Hamastan", un mot qui apparaît dans la section des nouvelles "sûres", la partie sacrée des journaux qui se vante de relater les faits, libre de toute subjectivité.

Le même s’applique à des mouvements comme le Hamas ou le Hezbollah, qui sont décrits en hébreu comme des organisations et non comme des mouvements politiques, ou partis. On ne donne jamais au mot "Intifada" son sens arabe de "révolte, soulèvement" ; et Al-Quds, qui, lorsqu’il est utilisé par les politiciens palestiniens, fait référence aux "lieux saints de Jérusalem Est", ou "Jérusalem Est", est toujours utiliser par les correspondants pour parler de "Jérusalem", pour impliquer la détermination palestinienne à s’emparer de la ville toute entière comme capitale.

Ce fut curieux d’observer les réponses des journaux à l’assassinat d’Imad Moughniyeh, en Syrie, il y a deux semaines.

Chacun a cherché à surpasser tous les autres dans les qualificatifs : archi-terroriste, maître terroriste, ou le plus grand terroriste sur terre. Il a fallu quelques jours à la presse israélienne pour qu’elle arrête de célébrer les assassins de Moughniyeh et pour commencer à faire ce qu’elle aurait dû faire en premier lieu : se poser la question des conséquences de l’assassinat.

Le journaliste Gideon Levy pense que c’est une tendance israélienne : "La liste des ’chefs terroristes’ liquidés par Israël, de Ali Salameh à Abu Jihad en passant par Abbas Musawi et Yihyeh Ayash à Sheikh Ahmed Yassin et Abdel Aziz Rantisi (toutes ’opérations’ qui nous célébrons en grande pompe pendant un moment délicieux et enivrant), n’ont apporté que plus d’attaques vengeresses dures et douloureuses contre Israël et les Juifs de par le monde."

Les correspondants israéliens pour les affaires arabes doivent bien sûr parler arabe – beaucoup d’entre eux l’ont appris dans des écoles de l’administration de la sécurité – et ils doivent connaître l’histoire et la politique du Moyen Orient. Et ils doivent être Juifs.

Les médias israéliens juifs préfèrent embaucher des journalistes qui parlent moyennement l’arabe plutôt que ceux dont c’est la langue maternelle, puisqu’ils seraient des citoyens palestiniens d’Israël. Apparemment, les journalistes juifs sont mieux équipés que les Arabes israéliens pour expliquer "ce que pensent les Arabes", les "objectifs des Arabes" ou "ce que disent les Arabes". Peut-être parce que les rédacteurs savent ce que leur public veut entendre. Ou, plus important encore, ce que le public israélien ne préfère pas entendre.

Si les mots "occupation", "apartheid" et "racisme" (sans parler de "citoyens palestiniens d’Israël", "bantoustans", "nettoyage ethnique" et "Nakba") sont absents du discours israélien, les citoyens israéliens peuvent passer toute leur vie sans savoir avec quoi ils ont vécu.

Prenez le mot "racisme" (Giz’anut en hébreu). Si le parlement israélien légifère que 13% des terres du pays ne peuvent être vendues qu’à des Juifs, alors c’est un parlement raciste. Si en 60 ans le pays n’a eu qu’un ministre arabe, alors Israël a eu des gouvernements racistes. Si en 60 ans de manifestations, les balles caoutchouc-acier et réelles n’ont été utilisées que contre les manifestants arabes, alors Israël a une police raciste. Si 75% des Israéliens admettent qu’ils refuseraient d’avoir un voisin arabe, alors c’est une société raciste.

Mais en ne reconnaissant pas qu’Israël est un endroit où le racisme dessine les relations entre les Juifs et les Arabes, les Juifs israéliens se rendent eux-mêmes incapables de traiter le problème, ou même de regarder en face la réalité de leurs propres vies.

Le même déni de réalité se retrouve dans l’évitement du terme "apartheid". A cause de son association avec l’Afrique du Sud blanche, les Israéliens rechignent à utiliser ce mot. Ce qui ne veut pas dire que c’est exactement le même type de régime qui a cours dans les Territoires Occupés aujourd’hui.

Mais un pays n’a pas besoin de bancs "pour blancs seulement" pour être un Etat d’apartheid. L’apartheid, après tout, signifie "séparation" et si, dans les Territoires Occupés, les colons ont une route et que les Palestiniens doivent en utiliser d’autres ou des tunnels, alors c’est un réseau routier d’apartheid.

Si le mur de séparation, construit sur des milliers de dunams de terres de Cisjordanie confisquées, sépare les gens (dont les Palestiniens entre eux), alors c’est un mur d’apartheid. Si dans les Territoires Occupés deux systèmes juridiques sont en vigueur, un pour les colons juifs et l’autre pour les Palestiniens, alors c’est une justice d’apartheid.

Et puis il y a les Territoires Occupés eux-mêmes. Cela peut paraître extraordinaire, mais il n’y a pas de "Territoires Occupés" en Israël. Le terme est quelquefois employé par un homme politique ou un éditorialiste de gauche, mais dans la section des faits "sûrs", il n’existe pas. Par le passé, on les appelait "Territoires administrés", de manière à cacher la réalité de l’occupation ; ensuite, ils ont été appelés "Judée et Samarie" ; mais aujourd’hui, dans les médias israéliens de masse, ils sont appelés "Les Territoires" (Ha-Shtachim).

Le terme aide à préserver la notion que les Juifs sont les victimes, le peuple qui n’agit qu’en légitime défense, la moitié morale de l’équation, et les Palestiniens sont les agresseurs, les sales types, les gens qui combattent sans raison. Un exemple très simple l’explique : "Un citoyen des Territoires a été pris en train de faire de la contrebande d’armes." On peut comprendre que des citoyens d’un territoire occupé résistent à l’occupant, mais cela n’a plus de sens s’ils viennent juste "des Territoires".

Les journalistes israéliens ne sont pas incorporés dans l’administration sécuritaire, et on ne leur a pas demandé de faire plaisir à leurs auditeurs en ce qui concerne la politique militaire d’Israël. C’est volontairement, presque de manière inconsciente, qu’ils observent des restrictions – ce qui rend leurs pratiques encore plus dangereuses.

Pourtant, la majorité des Israéliens trouvent que leurs médias sont trop à gauche, pas assez patriotes, pas du côté d’Israël. Et les médias étrangers sont pires. Pendant le premier Intifada, Avraham Hirschson, le Ministre des Finances de l’époque, a demandé que les antennes CNN d’Israël soient fermées, parce que c’étaient "des émissions partisanes et des programmes tendancieux qui ne sont rien d’autres qu’une campagne d’incitation contre Israël".

Des manifestants israéliens ont demandé la fin de "la couverture peu fiable et génératrice de terreur de CNN" au profit de Fox News. Les Israéliens, jusqu’à 50 ans, doivent faire un mois de service militaire de réserve par an. "Un civil est un soldat pendant ses 11 mois de permission", a dit Yigael Yadin, ancien Chef d’état-major israélien. Pour les médias israéliens, il n’y a aucune permission.

Publié dans Politique

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