GOLIATH A LE VERTIGE, MAIS N'ABDIQUE PAS

Publié le par SYLVIE KOUAME

                                                                                                                                                                 

Analyse – Pendant que la Résistance s’amplifie, la ligue néocoloniale bande ses muscles tout en faisant semblant de négocier. Afin de reculer… pour mieux sauter et décapiter définitivement l’Etat ivoirien.


Après la troisième journée de révolte patriotique contre la déplanification institutionnelle de la Côte d’Ivoire – et l’arrivée du président nigérian Olusegun Obasanjo –, une question se posait hier soir avec acuité. «Est-il possible de négocier quoi que ce soit à court terme dans la crise ivoirienne ?». Selon toute évidence, le bloc franco-rebelle, qui a de toute façon souhaité le bras de fer avec la Côte d’Ivoire patriotique, durcit son discours en même temps que la mobilisation patriotique s’affirme.
La ligue néocoloniale pense pouvoir résoudre la crise par la menace. Ainsi, avant-hier déjà, selon des sources concordantes, l’allocution entre le président Gbagbo et Pierre Schori s’est très mal déroulée. Le représentant de Kofi Annan en Côte d’Ivoire est monté sur ses grands chevaux, mettant en garde le président de la République de Côte d’Ivoire comme un enfant. Une attitude pas du tout appréciée par le premier citoyen ivoirien. Gbagbo, s’il n’a pas suscité les manifestations en cours et se sent même gêné aux entournures, considère en effet que c’est le GTI qui a mis le feu aux poudres en se passionnant pour la dissolution programmée du Parlement, qui n’a rien à voir avec l’esprit et la lettre de la résolution 1633, et dont ne dépend d’aucune manière la suite de la feuille de route devant conduire aux élections.
Par ailleurs, la France chiraquienne continue de tempêter à travers ses différentes voix. Elle manœuvre à fond au Conseil de sécurité de l’ONU pour obtenir des sanctions immédiates contre le camp présidentiel, alors qu’elle a laissé l’impasse sur le désarmement compliquer la crise pendant plus de trois ans, sans même hausser le ton contre les rebelles. Ainsi, selon l’AFP, «un projet de déclaration (français) a été mis en circulation parmi les quinze Etats membres du Conseil et devrait être adopté jeudi, a-t-il précisé. Ce texte devrait ouvrir la voie à l'adoption ultérieure d'une résolution, a-t-il dit. Dans ce texte, le Conseil devrait condamner les récentes violences en Côte d'Ivoire et exprimer son soutien au Premier ministre Charles Konan Banny, ainsi qu'au Groupe de travail international (GTI), a indiqué à l'AFP une source diplomatique. Il devrait également rappeler les dispositions de ses résolutions prévoyant l'imposition de sanctions individuelles, essentiellement un gel des avoirs financiers et une interdiction de voyager, à toute personne qui entrave le processus de paix, incite à la haine ou fait obstacle à l'action du GTI ou des "forces impartiales" (Onu et force française Licorne), selon cette source.»
Le général Bentégeat, chef d’état-major de l’armée française, va plus loin. «Je pense que le moment est venu» pour les sanctions, affirme-t-il. Mais il se plaint de l’Union africaine. «Encore faut-il l’accord de l’Union africaine».
Quant à la Petite Mère des Armées, Michèle Alliot-Marie, elle tempête partout où elle passe, prenant sa mine des mauvais jours. Elle était à l’Assemblée nationale, et s’est enflammée quand le député socialiste Pierre Quilès, a rappelé que deux de leurs demandes de commissions d’enquête parlementaire sur la Côte d’Ivoire avaient été rejetées, et que tout le problème venait de Linas-Marcoussis et de Kléber. Elle a envoyé balader ceux «qui passent leur temps à critiquer sans rien proposer», sous les applaudissements du groupe parlementaire UMP et les sarcasmes de l’opposition (voir www.assembleenationale.fr). Contre Dominique de Villepin qui prétend vouloir utiliser «tous les moyens de dialogue», elle affirme que les «incidents et les provocations (…) ne détourneront certainement pas la communauté internationale de son but».
Dans le secret des alcôves, la riposte anti-ivoirienne se précise. Et elle se veut hargneuse. Le bloc franco-rebelle veut profiter de l’occasion en or pour démanteler la Légion de l’Honneur. Il vitupère l’armée, qui ne réagit pas, tout en oubliant que Charles Konan Banny, et le ministre de la Défense qu’il a choisi ne réagissent pas non plus.
Par ailleurs, des informations concordantes font état de descentes de troupes de Licorne des zones rebelles sur Abidjan, comme en novembre 2004. Le navire français «Foudre» se rapproche des côtes ivoiriennes et pourrait profiter des relèves habituelles pour tenter un coup tordu. Les hélicoptères français ne cessent de survoler le ciel abidjanais.
En réalité, le bloc franco-rebelle veut en finir avec Gbagbo, et a orchestré la dérive du processus de paix. Ses seules craintes résident dans le déploiement opérationnel d’une machine répressive visant à parachever l’occupation de la Côte d’Ivoire. En effet, après l’affaire Poncet, l’on se doute que le général Irastorza et ses hommes ne prendront pas des risques inconsidérés pour un pouvoir politique qui a démontré son «ingratitude». Par ailleurs, l’ONUCI est très fragile par rapport à Licorne, alors que l’armée française a bien l’intention de faire le sale travail sous son couvert cette fois-ci. C’est la raison pour laquelle l’armée française s’est précipitée pour affirmer que l’ONUCI avait tué 4 Ivoiriens à Guiglo. Comme pour signer un pacte de sang. Comme pour s’égaliser dans la tuerie et pousser l’ONUCI à s’engager. Le pouvoir affaibli de Jacques Chirac, qui a de nombreux cadavres dans le placard, redoute d’être dans la tourmente en interne si Licorne prend une fois de plus les devants et massacre une fois de plus. C’est sa principale contrainte opérationnelle. C’est pour cette raison qu’en utilisant Olusegun Obasanjo, il donne l’impression de vouloir négocier avec le président Gbagbo. Mais ce n’est que pour mieux se préparer. Car il avait pensé que la capacité de résistance des Ivoiriens s’était émoussée, et était persuadé que le FPI ne serait jamais monté en première ligne.

Que penser de la mission d’Obasanjo ?

Assez tard dans la nuit, l’on prenait connaissance du communiqué final du président nigérian, après sa réunion avec le président Gbagbo et Charles Konan Banny. De toute évidence, les propos du président nigérian (assez ambigus et polysémiques) montrent que Goliath a le vertige face à David et est prêt, malgré son orgueil, à une reculade tactique. L’ampleur du mouvement social fait peur à la «communauté internationale». Elle n’est pas aussi forte que cela, et elle espérait des Ivoiriens une attitude capitularde. Elle s’est trompée. Ceci dit, il faut éviter de crier très vite au Messie après avoir lu ou écouté Obasanjo. Son ministre des Affaires étrangères, Oluyemi Adeniji était présent à Abidjan dimanche, et a toujours été en bonne intelligence avec la France, ainsi que son président. Le communiqué final d’Obasanjo n’empêchera pas la France de continuer à batailler pour affaiblir encore plus l’Etat ivoirien à travers ses fameuses sanctions onusiennes et autres croche-pieds diplomatiques.
Pour l’instant, les pourparlers entre Gbagbo et Banny n’ont pas commencé. C’est Banny himself qui a demandé la dissolution de l’Assemblée nationale à la cellule africaine de l’Elysée, laquelle s’est exécutée à travers le GTI. Rien ne garantit qu’il acceptera, au cours des discussions avec Gbagbo, de se conformer strictement aux décisions du Conseil constitutionnel, donc à l’ordre constitutionnel ivoirien.
Les jours à venir seront capitaux. Selon nos informations, le mouvement patriotique a bien l’intention d’être totalement éclairé sur les intentions du Premier ministre avant de relâcher le mouvement. Après trois années de fausses promesses et de double jeu d’une communauté internationale qui a fait pourrir la crise au lieu de la régler, la société civile n’est plus dupe et ne supporte plus la présence des forces d’occupation, qui une fois de plus, ont versé le sang des Ivoiriens. Selon ses leaders, elle veut une remise à plat totale du processus de paix, et un recentrage sur les Ivoiriens eux-mêmes, loin des nageurs en eaux troubles qui n’ont fait qu’opérer une pause. Le discours d’Obasanjo ne va pas, comme par enchantement, mettre fin à un lame de fond bien plus profonde que ce que les endimanchés des diverses coteries internationales pensent voir. La Côte d’Ivoire révoltée pourrait encore surprendre !


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